Gagner la course

Lance Armstrong avait toutes les raisons d’être heureux à l’aube de son 25e anniversaire. Nouvelle maison, champion de cycliste promu à un brillant avenir, contrats sportifs lui assurant un montant substantiel d’argent… Et pourtant, moins d’un mois après son quart de siècle, voilà que sa vie bascule du jour au lendemain.

2 octobre 1996. La date où le diagnostic de cancer testiculaire tomba. Des signes d’alarme, oui, Lance en a eu. Mais on apprend à vivre avec la douleur quand on est cycliste professionnel et qu’on passe plusieurs heures par jour assis sur sa selle, surtout dans cette région du corps. Des maux de tête ? Tout le monde en a. Mais cracher du sang ? Et son testicule trois fois plus gros que sa normale ? Probablement un virus, qu’il s’est dit.

Mais c’était bien plus. On a retrouvé une tumeur dans son testicule, douze tumeurs dans ses poumons, plusieurs dans son abdomen et deux dans son cerveau. À un stade aussi avancé, ses chances de survie, même avec les découvertes récentes, étaient plutôt maigres. Aux alentours de 15 à 20 %. Toute une claque dans la face pour un homme aux grandes aspirations dans la pleine fleur de l’âge. On ne s’attend pas à mourir à 25 ans.

Le lendemain, on enlève la tumeur dans son testicule. Ensuite, il subit douze longues semaines de chimiothérapie. Les trois premières semaines, il reçoit de la bléomycine, de l’étoposide et de la cisplatine, le traitement standard. Mais la bléomycine peut être toxique pour les poumons et ainsi affecter ses futures performances de cycliste de haut niveau, si jamais il réussit à vaincre la maladie…

Son équipe de médecins lui donne une nouvelle combinaison sans bléomycine dépourvu d’effet nocif pour ses poumons pour ses trois derniers cycles de chimiothérapie, jusqu’en décembre 1996. Chauve, pâle, l’air blafard, ses jambes autrefois musclées en train de s’atrophier, vomissant des heures durant, Lance a enduré sans broncher le poison et l’antidote qui s’insinuait dans ses veines. Entre-temps, ses masses au cerveau sont retirées et elles ne contiennent que du tissu mort, sans trace de cancer ! En février 1997, il est déclaré en rémission.

C’est alors qu’il veut revenir à la compétition. Mais la chimiothérapie ne s’en laissera pas s’imposer. Comment un cycliste de niveau mondial peut-il s’effondrer, épuisé, embarrassé, sur la pelouse d’un pur inconnu, après seulement vingt minutes de bicyclette à un train léger ? Mais Lance repoussa ses limites encore une fois. Seize mois plus tard, il retourne à la compétition, arborant des cicatrices sur le crâne, les bras, les jambes, le torse…

Il fonda la Lance Armstrong Fondation, également connue sous le nom de Livestrong, dont le but est d’amasser des fonds pour la recherche contre le cancer et pour le soutien de patients qui font face, comme lui, à leurs démons.

La suite ressemble à un conte de fées et à un cauchemar. De 1999 à 2005, il remporte sept Tour de France consécutifs. Mais des allégations de dopage, qu’il reconnaitra d’ailleurs, viennent le priver de ses victoires depuis août 1998. On aura beau dire ce qu’on veut, trainer son nom dans la boue aussi longtemps qu’on le désire, c’est quand même sans l’utilisation de produits dopants que Lance a vaincu son cancer, qu’il a déjoué tous les pronostics, qu’il a inspiré bien d’autres patients atteints de cancer à repousser leurs limites et à gagner la course. Et ça, personne ne pourra jamais lui enlever.

Jean-Philppe Boucher