Comment un homme en sauva des milliers d’autres

C’était en 1974. Fraîchement débarqué à l‘Université de l’Indiana, à Indianapolis, Lawrence Einhorn avait la conviction que, pour certaines tumeurs sensibles à la chimiothérapie, comme le cancer testiculaire, de légers raffinements à certains protocoles pouvaient apporter une amélioration substantielle des taux de guérison. Il avait lu un article prometteur sur l’utilisation de la cisplatine seule dans le traitement des tumeurs testiculaires.

C’est ainsi que lui vient l’idée de combiner la cisplatine avec la vinblastine et la bléomycine, deux agents qui avaient démontré également une activité intéressante dans le traitement de ces tumeurs. Il espérait ainsi atteindre une guérison complète chez 15 à 20 % des patients, ce qui était quand même fortement appréciable en considérant le maigre 5 à 10 % de réussite avec la chimiothérapie sans cisplatine.

Quelle ne fut pas sa surprise alors que le taux de réponse complète s’est avéré au-delà de 70 % ! Au fil des ans, son équipe a continué à raffiner le protocole, remplaçant la vinblastine par l’étoposide, diminuant la durée de traitement et améliorant la gestion des effets indésirables provoqués par la cisplatine, pour arriver à des taux de réponse complète de 95 %.

Il aurait pu s’arrêter là. Mais au lieu de cela, il développa une seconde ligne de chimiothérapie pour les 5 % des patients qui récidivaient. Et une troisième ligne de chimiothérapie haute dose avec collecte des cellules souches pour les cas vraiment réfractaires.  

Il a soigné d’innombrables patients durant sa carrière, dont Lance Armstrong. Âgé de plus de 70 ans, il pratique encore et il continue à essayer d’améliorer son protocole ! J’ai eu la chance de lui parler à quelques reprises et j’ai eu l’occasion de me rendre compte de l’homme formidable qu’il est.

Plus de quarante ans après sa découverte, son protocole est encore celui qui procure les meilleures chances de survie. On utilise encore ses principes de combinaison de différentes chimiothérapies dans d’autres cancers. Lawrence Einhorn a transformé un tueur méthodique de jeunes hommes en bas âge en une condition hautement traitable. C’est un achèvement médical incommensurable, une découverte de toute une existence, qui a changé – et surtout sauvé – plusieurs vies. Lawrence Einhorn, c’est un genre de Chuck Norris du cancer testiculaire. Merci, Lawrence Einhorn. 

Jean-Philppe Boucher